23 nov. 2009

Tête de Yogi



"Je vais t’écrire mon deuxième prénom aussi, sinon, les gens croient que je suis un homme". Pourtant, quand on rencontre Rocio Judith Machorro, c’est sa féminité qui saute aux yeux. Rocio nous reçoit dans son studio. Assise dans la position du lotus, ses longs cheveux noir tombant sur son dos, la professeure de yoga nous regarde au fond des yeux, toujours avec bienveillance. Une bienveillance qui ne la quitte pas lorsque débute son cours de yoga. "J’ai des besoins très particuliers et c’est que je cherche chez mes élèves. C’est très important, car les besoins individuels sont souvent négligés dans notre société, mais je crois qu’il est possible de les exprimer en groupe". C’est pour ça que chacun de ses cours est différent. "Pendant ma première année d’enseignement, en 2002, j’ai enseigné le Ashtanga yoga à la lettre, mais j’ai réalisé que ça me rendais malheureuse. Depuis, je sors du cours classique, je me suis réconciliée avec ma nature rebelle".
Têtue... et libre
Professeure de français seconde langue au Mexique, Rocio arrive au Québec en 1991. "J'enseignais le français depuis 10 ans mais je n'étais jamais allée dans un pays francophone. Un jour, un ami m'a parlé de Montréal et du Québec. Je n'y avais jamais pensé! Pourtant c'est sur le même continent que le Mexique, et ça m'a paru possible, contrairement à la France et l'Europe, où c'est un océan qu'il faut traverser". Rocio postule alors à une bourse pour venir à l'université de Montréal. Elle la décroche, et la voilà qui s'envole vers Montréal, pour trois mois. Elle postule ensuite à une seconde bourse, pour six mois cette fois. Et très vite, la Bélier ascendant Bélier qu'elle est décide de rester dans cette ville qu'elle adore. Rocio décide de faire venir ses deux filles, alors toutes petites. "J'aime beaucoup Montréal. C'est francophone, et puis la vie est vraiment très agréable. Quand tu sors du centre ville, les gens sont détendus, les voitures s'arrêtent pour te laisser traverser!" Son premier hiver à Montréal? "C'était vraiment fou toute cette neige!"
La difficulté de vivre avec la douleur
A Montréal, Rocio est d’abord libraire pendant 15 ans. "La spiritualité m’a toujours intéressé. Travailler dans cette librairie a été un moyen d’apprendre beaucoup, de lire toute sorte de livres sur la méditation et la spiritualité".
A 48 ans, Rocio en paraît 10 de moins. Son dos, lui, est fragile. "J’ai toujours eu mal au dos. Depuis l’adolescence, je souffre d’une scoliose lombaire, au point d’avoir eu des crises pendant lesquelles je ne pouvais pas marcher". Alors Rocio a exploré. Danse contemporaine dans une troupe pendant 10 ans, une autre décennie d’arts martiaux, natation intensive pendant 4 ans… Et toujours ces crises. Petit à petit, alors que ses deux filles entrent dans l’adolescence, Rocio fait du yoga sans même le savoir. Lors d’une crise, elle reste clouée au lit pendant deux semaines. Très occupée par ses activités, "je me suis dit qu’il fallait que je reste plus chez moi, avec mes filles". Rocio cherche alors comment s’appelle cet art où elle fait des postures et des étirements qui la soulagent. "J’ai toujours fait des recherches spirituelles parce que c’est difficile de vivre avec la douleur. Avec le yoga, j’ai trouvé ce qui me fait du bien. Je ressens mon corps de l’intérieur, je respire dans mes douleurs". Les crises qui l’empêchaient de marcher ont disparu. Le yoga aujourd’hui, elle en vit. Et il lui fait du bien.

20 nov. 2009

Sauvez la planète, sauvez les femmes

 Le Fonds des Nations Unies pour la population a rendu, le 18 novembre dernier, son rapport sur l'état de la population en 2009. Ce rapport arrive à la conclusion suivante: désormais pour réussir, les accords internationaux concernant le climat devront nécessairement prendre en compte la dynamique de la population humaine. En d'autres termes, les émissions de gaz à effets de serre ne concernent pas que les grosses industries polluantes régulièrement montrées du doigt, mais bien chaque être humain qui se déplace, achète, mange et ...se reproduit. "Le ralentissement de la croissance démographique aiderait à rendre les sociétés capables de résister aux impacts des changements climatiques, apprend-on dans le rapport, et contribuerait à une réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l’avenir". Cette dimension humaine doit être prise en compte d'autant plus sérieusement qu'elle ne se trouve pas qu'en amont du problème "effet de serre" mais aussi en aval. En effet, le réchauffement climatique amplifie les catastrophes climatiques qui ont des effets de plus en plus dévastateurs sur les populations.
L'égalité des sexes peut sauver la planète
Selon ce rapport il est donc indispensable, pour lutter contre le réchauffement climatique, de diminuer le nombre de naissances. D'après la thèse avancée par la Conférence internationale de 1994 sur la population et le développement (CIPD) l'accès à la contraception n'est pas le seul facteur qui entre en jeu.  Les autres facteurs qui doivent lui être associés pour que cette baisse de la natalité se fasse de façon naturelle sont: une meilleure éducation des filles et l’égalité des sexes, deux combats loin d'être terminés.
Depuis le temps qu'on vous le dit que la femme est l'avenir de l'Homme...


Sources: unfpa.org, cyberpresse.ca, lemonde.fr




16 nov. 2009

Tête de croisé

Il présente bien Michel Lizotte. Costume bleu, cravate assortie, chiffres et statistiques choisis, il se présente comme un « journaliste, auteur ». Mais quand il commence à parler de son expérience « d’animateur d’une session de formation adressée à des parents », ça se gâte. Rien qu’à l’intitulé de cette « formation », il y a de quoi sauter de sa chaise (ou vomir son petit-déjeuner, déjeuner, et dîner de la veille) : « Aider mon enfant à développer son potentiel hétérosexuel ». Développer son potentiel hétérosexuel.
Pour donner du poids à sa « thèse », Michel Lizotte explique qu’il a un Bac en journalisme, qu’il a obtenu ses diplômes au Québec, et qu’il est donc un vrai journaliste, « garde-fou » dans une société qui refuse de parler « de la réalité des ex-gais ». Car d’après Lizotte, « l’orientation sexuelle peut être changée avec un taux de succès assez significatif chez les personnes motivées ». Et de comparer ce taux de réussite avec l’arrêt du tabac ou l’arrêt de l’alcool.
Inutile d’aller plus loin, surtout lorsque quelques minutes plus tard, alors que vous pensiez avoir atteint le summum de l’obscurantisme, Michel Lizotte vous explique que la science prouvera peut être un jour qu’il existe un gène de l’homosexualité.
Un discours nocif.
Nocif, puisqu’il joue sur la corde sensible des parents. Oui, tous les parents souhaitent voir leurs enfants grandir dans une société qui les accepte comme ils sont. Oui, dans une société qui peine à accepter l’homosexualité, découvrir son homosexualité peut être vécu dans la souffrance, parce que nous vivons dans une société « hétérosexiste ».
Faire croire à des parents qu’il est « possible de rectifier certains comportements », c’est dangereux, voire criminel. Le taux de suicide plus élevé chez les jeunes homosexuels que chez les autres pourrait s’aggraver avec ce type de discours.

14 nov. 2009

32%

Cette semaine, Moisson Montréal, la plus grande banque alimentaire du Canada, a rendu public son "Bilan faim 2009". Il s'agit d'un portrait de la pauvreté et de l'utilisation des comptoirs alimentaires. Durant l'année qui vient de s'écouler, 12 252 ménages montréalais ont eu recours à l'aide alimentaire au moins trois fois par mois, soit une hausse de 32% par rapport à 2008.
39 605 enfants bénéficient mensuellement de cette aide alimentaire et représentent le tiers des personnes aidées. Les autres catégories de population les plus touchées sont les aînés et les travailleurs avec un seul revenu.
Cette année pour de nombreux Montréalais, le recours à l'aide alimentaire est passé d'une solution de dépannage à une solution permanente.

13 nov. 2009

Des voix dans les ténèbres, d’Andrew Coburn

L’histoire se déroule dans une banlieue chic de Boston. Les personnages évoluent comme dans une pièce de théâtre dans des belles maisons, tous aussi perdus les uns que les autres. Il y a l’homme d’affaires odieux et haineux, qui refuse de parler de la mort de sa fille quelques années plus tôt. Son épouse, qui ne se remet pas de la perte de sa petite fille chérie, et qui voit ses deux fils comme des porcs immondes. Il y a aussi le flic qui a perdu sa femme, et qui n’arrive pas à renouer avec l’amour. Il s’amourache quand même d’une ex-journaliste mariée à un séduisant avocat, qui accepte très vite la mort de son fils, un adolescent à la santé fragile. Il y a aussi cette femme qui hait le temps qui passe puisqu’il se lit sur son visage et sur les courbes de son corps. Et puis il y a cet ancien d’Harvard, devenu clochard, qui erre dans les rues de cette banlieue chic. Au flic, il se présente comme un tueur à gage spécialisé dans les enfants.

11 nov. 2009

Bienvenue chez nous lecteur!

Mets-toi à l’aise, ôte tes chaussures, pose ta veste, prends un thé et viens voir avec nous, voir un peu plus loin...
De la fraîcheur, de la surprise … Nous te proposons une autre actualité, en faisant défiler sous tes yeux notre regard sur la vie, sur la ville. Sortons du chemin tout tracé, perdons-nous un peu, arrêtons-nous sur un détail.
Ici, cher lecteur, on choisit. On ne prend pas de raccourcis. On choisit de parler de ce qui nous paraît nouveau, étonnant, audacieux et humain, surtout humain.
Des (mont)réalités plurielles, des échos, des portraits, des aventures authentiques, des sujets avec du sel, du poivre et des tas d’épices qui se marient et donnent parfois des saveurs surprenantes.
Notre regard sera multiple : 4 yeux, 2 cerveaux et 20 doigts en alerte. Nous lâcherons la bride à nos plumes pour qu’elles s’expriment, qu’elles s’épanouissent.
Et tout ça pour tes beaux yeux, lecteur… Ouvre les grands!
Lison et Typhaine

Tintin en joual…Ça fait jaser!

Depuis sa sortie, le 20 octobre dernier, le premier album de Tintin en québécois, Colocs en stock, (directement adapté du Coke en stock d’Hergé) a fait couler beaucoup d’encre et rarement pour récolter des éloges. Proposé à plusieurs reprises par le sociologue québécois Yves Laberge aux éditions Casterman, le projet a fini par séduire et le « traducteur » a eu carte blanche pour remplir les bulles du célèbre reporter belge. Malheureusement l’accueil populaire a été plus que froid de ce côté-ci de l’Atlantique. « Ridicule », « grotesque », « farce monumentale », les 62 pages ont déclenché l’ire des tintinophiles et des (nombreux) défenseurs de la langue française, donnant lieu à de multiples diatribes souvent dignes du Capitaine Haddock.
Que reproche-t-on à Yves Laberge?
« Une traduction infidèle », « un abus de vocabulaire passéiste », « une sur-joualisation » des dialogues… La liste est longue. Mais le reproche que l’on retrouve le plus souvent dans la bouche ou sous la plume des Québécois reste le suivant : « Yves Laberge pense-t-il que la majorité des Québécois n’est pas capable de comprendre la version originale en français? ». Loin d’être fiers comme les Chtis et les Alsaciens de voir exister leur patois dans la bouche de ce personnage mondialement connu, les Québécois se sentent insultés. Peu considèrent comme Yves Laberge qu’il s’agit là « d’une célébration de la langue française telle qu’on la vit de nos jours au Québec ». Interrogé à ce sujet, Benoît Mélançon, directeur du département des littératures de langue française à l’Université de Montréal souligne d’abord le manque flagrant de rigueur de l’ouvrage : « Un même mot peut apparaître plusieurs fois, parfois même sur la même page, sous des orthographes différentes, explique-t-il pour commencer. Et puis cette conception de la langue est très archéologique, déconnectée de la réalité linguistique contemporaine ». Le joual, comme il est présenté par Yves Laberge n’a donc pas voix au chapitre. Pourtant, Les Belles-soeurs de Michel Tremblay, avaient su trouver en leur temps (la fin des années 1960) un public et beaucoup de soutien.
Quelle est donc la différence?
Outre la surprise, le contexte soixante-huitard y est pour beaucoup selon Benoît Mélançon. « La polémique avait été beaucoup plus violente en 1968, explique-t-il. À cette époque personne n'avait jamais entendu pareille «langue» sur une scène de théâtre à Montréal. Le choc avait été considérable. Cela faisait partie d'un mouvement de contestation sociopolitique beaucoup plus large et relevait de ce mythe d'une langue propre au Québec. Aujourd'hui, je ne vois personne qui se réclame du «joual».  Depuis plusieurs années, ce débat me paraît clos. » Quoi qu’il en soit, il semble que le succès marketing de Colocs en stock ne se démente pas, lui. Depuis sa sortie, l’album controversé est classé parmi les meilleures ventes de BD au Québec, juste derrière le Livre d’or d’Astérix qui, du fin fond de son village gaulois, sait mieux s’attirer en ce moment les faveurs des Québécois…
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